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Art-thérapie et santé mentale : pourquoi la Grande cause nationale 2025 change la donne pour les structures sociales et médico-sociales

Un Français sur quatre sera confronté à un trouble mental au cours de sa vie, et 13 millions de personnes présentent un trouble psychique chaque année en France — et pourtant, selon plusieurs enquêtes, 70 % des Français hésitent encore à en parler. C’est le constat qui a conduit le gouvernement à faire de la santé mentale la Grande cause nationale 2025, prolongée en 2026 sous le label « Parlons santé mentale ! ».

Pour les professionnels des structures sociales et médico-sociales — directeurs d’EHPAD, équipes éducatives d’IME, coordinatrices de crèches, travailleurs sociaux, soignants —, cette labellisation n’est pas qu’une déclaration d’intention politique. Elle crée un contexte inédit : la question du bien-être psychique des personnes accompagnées monte officiellement à l’agenda institutionnel, avec une coordination interministérielle, des actions labellisées dans toutes les régions et une légitimité accrue pour les pratiques non médicamenteuses. L’art-thérapie, la musicothérapie, la sonothérapie se trouvent précisément à l’intersection de cette dynamique.

Mais de quoi parle-t-on concrètement ? En quoi cette reconnaissance nationale change-t-elle les pratiques sur le terrain, et comment une structure peut-elle s’en saisir intelligemment ? C’est ce que j’explore dans cet article, depuis le terrain — avec le regard d’un praticien qui intervient chaque semaine dans des EHPAD, des crèches, des IME, et qui voit ce que la musique fait vraiment aux personnes accompagnées.

👉 L’essentiel à retenir

  • La santé mentale est Grande cause nationale 2025 et 2026 : 13 millions de personnes concernées chaque année par un trouble psychique, un Français sur quatre au cours de sa vie.
  • L'art-thérapie — dont la musicothérapie et la sonothérapie — s'inscrit directement dans les quatre axes prioritaires de cette mobilisation nationale : déstigmatisation, prévention, accès aux soins, accompagnement global.
  • La profession d'art-thérapeute n'est pas encore réglementée en France, mais un titre RNCP niveau 6 et des certifications reconnues encadrent l'exercice : vérifier les qualifications du praticien avant toute collaboration.
  • Pour les structures (EHPAD, IME, crèches, centres sociaux), cette dynamique nationale crée une fenêtre concrète pour intégrer ou renforcer les pratiques d'art-thérapie dans les projets d'établissement.
  • L'art-thérapie ne remplace jamais un suivi médical ou psychologique : elle l'enrichit en ouvrant une voie d'expression là où les mots seuls ne suffisent pas.

1. Ce que la Grande cause nationale 2025 signifie réellement pour les structures

1.1 Un cadre politique inédit, pas un simple slogan

Annoncée en septembre 2024 et officiellement lancée en janvier 2025, la Grande cause nationale « Parlons santé mentale ! » s’articule autour de quatre axes : la déstigmatisation des troubles psychiques, le développement de la prévention et du repérage précoce, l’amélioration de l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire, et l’accompagnement global des personnes dans leur vie quotidienne. Ces quatre axes ne sont pas abstraits : ils correspondent à des défis concrets que les équipes des structures médico-sociales affrontent au quotidien.

Plus de 3 000 événements ont été organisés dans toutes les régions, plus de 900 actions labellisées. La dynamique est réelle. Et le gouvernement a décidé de prolonger cette mobilisation en 2026, pour consolider ce qui a été engagé et aller plus loin. Pour une structure qui hésite encore à intégrer des pratiques d’art-thérapie à son projet d’établissement, ce contexte constitue un argument de poids, aussi bien auprès de la direction que des financeurs.

1.2 Les chiffres qui rendent l’urgence visible

Les données officielles sont éloquentes : la prise en charge des maladies psychiatriques représente un poste de dépenses majeur pour l’Assurance maladie. Les Français sont collectivement les plus gros consommateurs de psychotropes du monde — antidépresseurs, somnifères, anxiolytiques —, une tendance documentée notamment par les données EPI-PHARE. Ces chiffres ne sont pas là pour culpabiliser : ils posent l’échelle du problème et justifient que l’on cherche sérieusement des approches complémentaires.

L’art-thérapie n’a pas vocation à remplacer le traitement médical. Mais dans un contexte où l’accès aux soins psychologiques reste inégal sur le territoire, et où les équipes soignantes cherchent des outils pour réduire l’anxiété, favoriser l’expression et maintenir le lien social, les pratiques médiatisées par l’art occupent une place légitime — et croissante.

Mains adultes tenant un bol chantant en métal martelé, lumière dorée chaude.
Mains adultes tenant un bol chantant en métal martelé, lumière dorée chaude.

2. L’art-thérapie face aux quatre axes prioritaires : ce que la pratique apporte vraiment

2.1 Déstigmatisation : l’art comme espace où l’on n’est pas « malade »

L’une des forces les moins discutées de l’art-thérapie, c’est ce qu’elle ne demande pas. Elle ne demande pas à la personne d’expliquer ce qu’elle ressent, de nommer son trouble, de se positionner face à un diagnostic. Une séance d’art-thérapie commence souvent par un instrument posé sur les genoux, une feuille blanche, un temps d’écoute musicale — et rien d’autre n’est requis. Ce cadre allège le poids de la stigmatisation.

Dans ma pratique, je commence systématiquement chaque séance de soin par un temps d’échange pour « prendre la mesure de l’état d’esprit » du participant et ajuster le déroulé. Parfois cinq minutes, parfois davantage. Cette attention à la personne avant l’activité, c’est déjà thérapeutique en soi — c’est le signal que l’on n’est pas ici pour performer, mais pour exister.

2.2 Prévention et repérage précoce : l’atelier comme signal faible

Les professionnels de terrain le savent : les espaces informels et créatifs sont souvent ceux où une personne en souffrance laisse filtrer quelque chose. Un enfant qui ne parle pas mais s’exprime à travers le djembé. Un résident d’EHPAD dont le visage change quand la mélodie familière commence. Un adolescent en IME qui prend soudainement la parole pendant un atelier d’écriture slam alors qu’il restait muet en réunion.

Ces moments ne sont pas anecdotiques. Ils constituent des signaux faibles que les équipes éducatives et soignantes peuvent accueillir et relayer. L’art-thérapie s’inscrit donc aussi dans une logique de repérage — non pas comme outil de diagnostic, mais comme espace où quelque chose peut se montrer, être observé et transmis à l’équipe pluridisciplinaire.

2.3 Accès aux soins : là où les mots seuls ne suffisent pas

La psychothérapie verbale suppose une capacité à nommer, à mettre en récit. Pour les personnes âgées atteintes de maladies neurodégénératives, pour les enfants ou adultes présentant des troubles du spectre autistique, pour les personnes en situation de grande précarité psychique, ce canal est parfois inaccessible. C’est précisément là que les approches médiatisées par l’art ouvrent un passage.

La distinction entre musicothérapie réceptive et active prend ici tout son sens. Dans l’approche réceptive, on écoute, on laisse les sons travailler, et on verbalise éventuellement après — à son rythme, sans pression. Dans l’approche active, on joue, on frappe, on souffle, on crée du son — et l’expression non verbale remplace le langage. Ces deux portes d’entrée permettent de rejoindre des personnes là où elles se trouvent réellement, pas là où l’on aimerait qu’elles soient.

2.4 Accompagnement global : tenir dans la durée

Le quatrième axe de la Grande cause nationale porte sur l’accompagnement des personnes dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne. C’est peut-être l’axe le plus proche de ce que font réellement les équipes médico-sociales chaque jour : tenir la personne dans la durée, dans les hauts et les bas, dans les transitions difficiles.

L’art-thérapie pratiquée en régularité — une séance par semaine, un atelier mensuel, un accompagnement sur plusieurs mois — contribue à cette continuité. Elle offre un repère, un espace stable où quelque chose reste constant même quand tout le reste fluctue. L’expérience de terrain le confirme régulièrement : un atelier de musique peut devenir « la seule chose qui fait venir un enfant le matin » — la musique comme outil de lien avant d’être une discipline, avant d’être une thérapie.

3.1 Une profession non réglementée, mais encadrée par des titres reconnus

C’est un point crucial que les structures ont intérêt à maîtriser avant de signer une convention d’intervention. En France, la profession d’art-thérapeute n’est pas officiellement réglementée — il n’existe pas, à ce jour, d’ordre professionnel ni d’inscription obligatoire à un registre. Cela signifie que n’importe qui peut théoriquement se présenter comme « art-thérapeute » sans formation spécifique.

Cela ne signifie pas pour autant que le secteur manque de repères. Le Syndicat Français des Arts-Thérapeutes (SFAT) définit les arts-thérapies comme « une pratique de soin fondée sur l’utilisation thérapeutique du processus de création artistique » et regroupe les disciplines concernées : art-thérapie par les arts plastiques, danse-mouvement thérapie, dramathérapie, musicothérapie, écriture à visée thérapeutique. Des titres RNCP existent — et des formations en institutions reconnues encadrent l’accès à la pratique.

Pour les structures, la vérification des qualifications n’est pas une formalité administrative : c’est une protection pour les personnes accompagnées. Un praticien formé a appris à poser un cadre, à gérer les résistances, à identifier les contre-indications, à articuler son action avec l’équipe soignante. Un animateur enthousiaste, aussi talentueux soit-il, ne fait pas la même chose.

3.2 Où les arts-thérapeutes exercent-ils concrètement ?

Le Syndicat Français des Arts-Thérapeutes liste les structures dans lesquelles les arts-thérapeutes exercent : foyers d’accueil, foyers de vie, hôpitaux publics et privés psychiatriques et de soins généraux, maisons de retraite, centres médico-psychologiques (CMP), centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP), établissements ou services d’aide par le travail (ESAT), instituts médico-éducatifs (IME), instituts de rééducation pédagogique (IRP), hôpitaux de jour, écoles, entreprises, et bien d’autres. Le panorama est large — et il correspond précisément aux structures où Zikatane intervient régulièrement.

Les séances se tiennent en individuel ou en groupe, pour une durée d’une à deux heures selon la population et le format d’intervention. Cette souplesse est une force : elle permet d’adapter la pratique à la réalité organisationnelle des structures, sans nécessiter d’aménagement lourd.

3.3 Art-thérapie en EHPAD : un terrain en pleine expansion

Le secteur de la « silver économie » est l’un de ceux où l’art-thérapie connaît la croissance la plus nette. Les résultats observés sur ce qui se passe vraiment quand la musique entre en EHPAD illustrent pourquoi : réduction de l’anxiété, maintien des repères identitaires, stimulation des fonctions cognitives résiduelles, amélioration de la communication dans un contexte où le langage verbal s’appauvrit.

Dans ce type de structure, l’art-thérapie ne vient pas « en plus » : elle s’intègre au projet de soin individualisé, en complémentarité avec les soignants, les psychologues et les animateurs. La condition d’une telle intégration, c’est précisément la clarté du cadre — objectifs définis, observation transmise à l’équipe, traçabilité de la démarche.

4. Ce que la dynamique nationale change concrètement pour les équipes de terrain

4.1 Une légitimité institutionnelle renforcée

Avant la Grande cause nationale, nombre de professionnels de terrain se retrouvaient dans une position inconfortable : convaincus de l’intérêt des pratiques artistiques pour les personnes accompagnées, mais peinent à les faire valider par leur direction ou à les inscrire dans les financements. La labellisation de plus de 900 actions en 2025, la mobilisation interministérielle, et la prolongation officielle du dispositif en 2026 constituent un argument de poids dans ces négociations internes.

Dire « nous souhaitons intégrer des séances d’art-thérapie à notre projet d’établissement » prend une résonance différente quand cela s’inscrit dans une dynamique nationale portée au plus haut niveau de l’État. Ce n’est pas un gadget bien-être : c’est une réponse à un enjeu de santé publique reconnu.

4.2 Les pratiques médiatisées par le son : musicothérapie et sonothérapie

Parmi les médiums de l’art-thérapie, le son occupe une place particulière. Il est non invasif, il traverse les barrières de la langue et du langage, il active des mémoires profondes — et il peut être modulé avec précision selon l’état du participant.

Les séances de bain sonore collectif illustrent bien cette spécificité : construites « sous forme d’histoires » pour en faire de véritables voyages sensoriels, elles induisent un état de détente profonde qui complète utilement un suivi thérapeutique. Ce n’est pas de la magie — les effets ressentis s’expliqueraient notamment par les propriétés physiques du son et leurs interactions avec le corps, même si les mécanismes précis restent à documenter scientifiquement.

Il faut cependant rappeler les précautions d’usage généralement mentionnées par les praticiens de la sonothérapie, en l’absence de protocole médical standardisé reconnu. Tout praticien sérieux recueille ces informations avant la séance. Pour les structures, cette étape de recueil n’est pas optionnelle : elle fait partie du cadre de sécurité.

4.3 Former les équipes plutôt que seulement intervenir

Un changement durable dans les pratiques d’une structure ne se produit pas uniquement par des interventions ponctuelles. Il passe aussi par la montée en compétences des équipes permanentes. Les formations proposées par Zikatane aux professionnels de la petite enfance et du secteur médico-social répondent précisément à cet enjeu : permettre aux éducateurs, auxiliaires de puériculture, animateurs et soignants d’intégrer des outils musicaux et artistiques dans leur pratique quotidienne, sans avoir à faire appel systématiquement à un intervenant extérieur.

Cette logique de transmission est cohérente avec l’offre d’art-thérapie pour les structures : elle n’est pas pensée comme une prestation isolée, mais comme un accompagnement qui renforce les capacités internes de la structure sur la durée. Pour les équipes, c’est aussi une façon concrète de s’inscrire dans les objectifs de la Grande cause nationale — pas en organisant un événement, mais en changeant quelque chose dans la façon dont elles accompagnent les personnes chaque jour.

Frame drum percuté : peau tendue, cadre bois, détails métalliques en lumière chaude.
Frame drum percuté : peau tendue, cadre bois, détails métalliques en lumière chaude.

Questions fréquentes

L'art-thérapie peut-elle être inscrite dans le projet d'établissement d'un EHPAD ou d'un IME ?

Oui, tout à fait. De nombreuses structures médico-sociales intègrent l’art-thérapie à leur projet de soin ou d’accompagnement, soit comme séance ponctuelle soit comme dispositif régulier. Le fait que la santé mentale soit Grande cause nationale 2025-2026 renforce la légitimité de cette démarche auprès des directions et des financeurs. La clé : formuler des objectifs clairs (réduction de l’anxiété, expression émotionnelle, lien social) et choisir un praticien titulaire d’un titre reconnu.

Un praticien en libéral peut-il intervenir dans une structure sans être salarié ?

Oui. Les structures médico-sociales font régulièrement appel à des intervenants extérieurs sous forme de prestation de service ou de convention d’intervention. C’est précisément le modèle de Zikatane : Jonathan Hudson se déplace dans les établissements (EHPAD, IME, crèches, centres sociaux) sans y être salarié, selon les modalités définies en amont avec les équipes.

Y a-t-il des financements spécifiques pour introduire l'art-thérapie dans une structure, dans le contexte de la Grande cause nationale ?

La Grande cause nationale 2025-2026 a permis de labelliser plus de 900 actions et de mobiliser des acteurs institutionnels à l’échelle nationale et territoriale. En pratique, les possibilités de cofinancement dépendent du type de structure, de son statut juridique et de son territoire. Les fonds propres de la structure, les appels à projets des ARS, des DREETS ou des fondations privées (comme la Fondation de France) constituent des pistes à explorer. Rapprochez-vous de votre direction régionale ou de votre fédération sectorielle pour identifier les dispositifs ouverts dans votre territoire.

Comment distinguer une séance d'art-thérapie d'un simple atelier créatif dans une structure ?

La différence tient à l’intention et à la posture du praticien. Dans un atelier créatif classique, l’objectif est la production d’une œuvre ou l’acquisition d’une technique. En art-thérapie, c’est le processus qui compte : l’expression, le ressenti, le mouvement intérieur que suscite la création. Le praticien adapte le médium à l’état du participant, observe les réactions, crée un espace sécurisé. Comme le rappelle Jonathan Hudson à chaque début de séance : « l’objectif n’est pas de faire beau, c’est de se laisser aller à exprimer ».

L'art-thérapie est-elle adaptée aux personnes en situation de handicap psychique ?

Oui, à condition d’adapter le médium et le cadre aux besoins spécifiques de la personne. La musicothérapie active ou réceptive, les bains sonores à faible intensité, ou les ateliers d’arts plastiques peuvent être proposés à des personnes présentant des troubles psychiques, avec les précautions d’usage. Certaines contre-indications existent cependant — notamment pour la sonothérapie en cas de troubles psychiques importants ou d’épilepsie — et doivent être évaluées au préalable avec l’équipe soignante.

Conclusion

La santé mentale comme Grande cause nationale 2025-2026 n’est pas une opportunité de communication — c’est un signal clair que les approches non médicamenteuses, complémentaires, inscrites dans le quotidien des personnes, ont leur place dans la politique de santé publique. L’art-thérapie, la musicothérapie, la sonothérapie ne guérissent pas : elles ouvrent des espaces, elles créent des liens, elles restituent aux personnes une capacité d’expression que la maladie, le deuil ou l’isolement avaient mise en retrait.

Pour les structures médico-sociales, c’est le moment d’agir — non pas parce qu’il faut « surfer sur la tendance », mais parce que les personnes accompagnées en ont besoin, que les équipes en ont besoin, et que le contexte institutionnel n’a jamais été aussi favorable pour franchir ce pas. Intégrer une pratique d’art-thérapie dans un projet d’établissement, former une équipe à l’éveil musical, programmer des séances de bain sonore : aucune de ces démarches n’est lourde à initier — mais chacune peut changer quelque chose de réel pour les personnes concernées.

Si vous êtes directeur de structure, coordinateur de soin ou professionnel du secteur médico-social et que vous souhaitez explorer comment cette dynamique peut se traduire concrètement dans votre établissement, je vous invite à nous contacter pour en parler.